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Après des mois de préparation, de nombreux échanges de mails avec la société IMG Artist (manager de J. Bliss), j’accueille le jeune clarinettiste Anglais dans l’aéroport CDG pour une tournée de présentation en France de sa clarinette Leblanc. Pendant une semaine, je vais pouvoir le côtoyer, profiter de moments privilégiés pour me permettre de mieux connaitre ce musicien d’exception, concertiste international à 23 ans.
Son histoire, déjà longue malgré son jeune âge, est impressionnante : début à 4 ans, 1er concert télévisé à la BBC à 5 ans, concert du « Golden Jubile » de la reine devant plus de 12 000 personnes à 12 ans, tournée aux USA à 13 ans, de nombreux disques enregistrés, notamment avec Sabine Meyer, son dernier professeur. Evidemment, devant un tel palmarès, on peut s’attendre à rencontrer un extra-terrestre !
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Tous les musiciens que nous avons rencontrés pendant cette tournée sont unanimes : Julian, c’est la simplicité, la gentillesse, la disponibilité et le talent caractérisé. C’est un passionné, il ne quitte jamais sa clarinette. Lors d’une promenade dans les ruelles de Villeneuve les Avignon, il nous gratifie très simplement de traits d’orchestre magnifiquement interprétés pendant que nous déambulons, offrant aux passants un petit concert totalement improvisé.
Devant tant de générosité, je n’ai pas hésité à lui poser quelques questions :
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J’ai remarqué que, lors de tes prestations publiques, tu apparais toujours détendu, sans stress ni trac. Est-ce naturel ou as-tu travaillé cette posture ?

« J’ai une grande chance, je ne ressens jamais de trac avant les concerts. Le fait d’avoir commencé très jeune, avec l’insouciance de l’âge, j’ai abordé tous les évènements sans réellement me rendre compte de l’impact. Même lors du concert devant la reine, face à la foule dans le jardin du Buckingham palace, les caméras, les hélicoptères qui tournaient, les écrans géants qui permettaient à plus de 50 000 personnes d’assister en direct au concert, j’ai su profiter de ce moment d’exception sans ressentir de stress. Mais aussi, je travaille énormément toutes les pièces que j’ai à jouer, me permettant d’aborder les concerts en totale confiance. J’ai vu de nombreux musiciens qui, 10 minutes avant de rentrer sur scène, travaillent les passages difficiles pour se rassurer. C’est trop tard, si l’on n’est pas sûr d’assurer une prestation professionnelle, il vaut mieux ne pas jouer en public. »

Tu maitrises particulièrement bien la technique de la respiration continue. Est-ce que tu l’appliques lors de tous tes concerts ?

« Dans la plupart, oui. Cette technique permet de me libérer de certaines contraintes physiques pour pouvoir me consacrer essentiellement à la musicalité, au phrasé. J’ai rencontré certaines personnes qui n’étaient pas d’accord avec le fait d’utiliser cette technique dans des pièces du 18ème siècle, période où la respiration continue n’était pas connue. Mais si l’on veut rester totalement dans cette logique, nous ne pourrions pas non plus jouer avec nos instruments actuels, mais uniquement sur des instruments anciens. »

Ton dernier CD est un hommage à Benny Goodman. Une nouvelle étape s’annonce ? Tu te lances dans le monde du Jazz ?

« J’aime la musique, toute la musique, tous les styles. Malgré les critiques de certains comme : tu es un musicien classique, tu vas te perdre en te diversifiant…, ce n’est pas ton style…, Etc… J’ai créé un septet avec des amis, j’ai financé moi-même la production de ce CD, ce qui m’a permis de vivre une nouvelle expérience de musicien, l’improvisation, le partage avec mes amis autour d’un grand nom du Jazz comme Benny Goodman. On a joué aussi dans de nombreux concerts, de grands moments ! Mais je reste toujours fidèle au répertoire classique, ce seront mes prochains enregistrements. »

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Tu joues une clarinette Sib Leblanc que tu as mise au point. Comment es-tu entré dans ce nouveau domaine de la facture instrumentale ?

« J’ai eu encore une fois une chance inouïe, je n’aurais jamais cru un jour être dans une aventure pareille. Il y a 4 ans, la société Conn-Selmer m’a demandé de participer à l’élaboration d’une nouvelle clarinette Sib, un modèle professionnel mais dans une gamme de prix abordable. J’ai apporté mon expérience de la scène et fixé les objectifs en terme de projection, de facilité de jeu, de justesse, de mise en oeuvre rapide tout en gardant une grande fiabilité. Tout ce qu’un musicien pro demande à un bon instrument. Le résultat : la L210S « Bliss ».

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Tout d’abord, on a mis plus de 5 mois pour obtenir la justesse dans tous les registres, puis on a travaillé sur le clétage et les matériaux. Nous avons gardé le style Leblanc, robuste et agréable au toucher, tout en apportant quelques modifications comme des vis en nylon permettant de régler les correspondances, une barre de renfort sur l’axe du Mi pour éviter la torsion au montage ou démontage, la remontée des clefs de cadence pour ne pas voir l’eau résiduelle sur le tampon, et des tampons synthétiques Valentino noirs pour ne plus avoir les vibrations des baudruches et les collages intempestifs. On a remplacé tous les lièges de butée par des feutres compressés, pour amortir les bruits des clés surtout lors des enregistrements. Aujourd’hui, lors des prises de son, la qualité des micros et leurs placements font ressortir le moindre bruit parasite. Pour obtenir tout cela, nous avons demandé l’intervention d’ingénieurs qui ont l’habitude de travailler dans le milieu médical, dans la haute précision. Une machine CNC de plus de 10 millions de dollars a été créée, avec 9 axes de travail indépendants, une révolution dans l’industrie instrumentale ! Tout est fabriqué dans la même unité de production à Elkhart (Indiana), le corps et les clés, permettant un ajustage parfait. Je joue cette clarinette depuis plus de 2 ans maintenant, elle répond réellement à toutes mes attentes, j’en suis très fier ! »
Julian Bliss est très généreux, attachant, les soirées ont été riches en échanges avec les musiciens, les professeurs et les étudiants qui ont participé à cette tournée en France. Rendez-vous est pris pour 2014, on ne peut pas ne pas renouveler des moments aussi… géniaux.
Daniel Dunand
Photos ©2013 – Frank Haesevoets / Laurent Decavele